Pourquoi Je N’utilise Plus le Terme Métis(se)”

Avant tout, je pense qu’il est important de préciser que je crois en une seule race: la race humaine, mais que dans le contexte ci-dessous, je définis les race en tant que construction sociale qui affecte celles et ceux qui sont catégorisés de “racisées”. Les valeurs de chacun sont à prendre en considération car si elles sont sincères et ne s’inscrive pas dans une politique de respectabilité/sont performatives donne une meilleure idée du caractère des gens que leur origines. Finalement, meme si j’ai pris quelques classes sur le sujet, je ne suis pas une sociologue ou une universitaire.

Je fais partie de ceux qui pensent que la sémantique est importante et que le poids des mots façonne notre façon de penser et donc de nous comporter les uns envers les autres.

Récemment, lors de l’une de mes expédition Youtube – ou – I went down the rabbit hole – je suis tombée par hazard sur une video ou des jeunes filles parlaient de leur expérience de femmes “métisses”. Cela m’a bien sûr interpelé étant moi-même considérée comme telle. Cependant, plus je les entendais prononcer ce mot, plus mon malaise grandissait, sans pourtant pouvoir en articuler les raisons profondes. J’avais sans doute lu ou entendu lors de mon éducation des choses qui m’avaient marquées, et qui avait au fil du temps malgré s’être estompées dans ma memoire, laissaient place au sentiment de mal-être. Etant quelqu’un de curieux, je décidais donc d’explorer les raisons pour lesquelles ce terme me dérangeait autant. Mon malaise était-il justifié, ou mon ressentiment avait-il lieu d’être?

Tout d’abord, je comprends que dans le vocabulaire courant le mot “métis(se)” est utilisé afin de définir toute sorte de mélange, qu’il soit culturel, racial ou ethnique. Je ne l’entends pas comme cela: je l’utilise exclusivement pour les hommes ou les femmes issues d’une union noire/blanc et c’est de cela dont je traiterai ici. Chacun est bien entendu libre de l’utiliser comme bon lui semble. De plus, j’ai passé mes années formative en France mais habite aux Etats Unis depuis l’age de 23 ans, cela fait maintenant plus de 17 ans. Je pense que c’est un détail que je me dois de divulguer, car très important pour expliquer la logique de mon raisonnement personnel. C’est ici que j’ai pu en grande parti m’affranchir de certaines attentes sociétales qui m’avaient été inculquées, pour la plupart à mon insu, grandissant en France. Une prise de conscience quant aux limitations que j’avais internalisé au fil des années non seulement en tant que femme, mais aussi en tant que personne racisée. Principalement, dans le cadre de l’éducation supérieure que j’ai pu recevoir ici – et l’étude de textes historiques et de société notamment à travers des classes comme African-American Studies, People+Power & Politics, et Advanced French Literature (ou nous étudions en grande partie les auteurs issue de la diaspora noire).

A partir du moment où mon prisme s’est élargie, j’ai commencé à voir les choses sous une autre perspective. Par exemple, j’ai une véritable passion pour les arts et en particulier pour la musique; il coule donc de source que l’agrandissement de mes connaissance m’ai encouragé et permis de postérieurement redécouvrir des musiques Pop, Hip Hop et RnB américains qui avaient bercés mon enfance et adolescence dans les années 80 et 90 – mais qui avec la barrière de la langue et sans réel contextes historique et sociétal n’avait eu qu’un impact partiel. Comment aurai-je pu savoir que la chanson “Happy Birthday” de Stevie Wonder était une manière de popularisé l’anniversaire du Dr Martin Luther King Jr, l’une des figures emblématique du Civil Right Movement, en afin que la date de son anniversaire soit reconnue comme fête nationale aux Etats Unis? Ou que dans “Redemption Song” de Bob Marley cite l’extrait d’un discours de l’activiste panafricain originaire de Jamaique Marcus Garvey, donné en 1937 (We are going to emancipate ourselves from mental slavery because whilst others might free the body, none but ourselves can free the mind. Mind is your only ruler, sovereign. The man who is not able to develop and use his mind is bound to be the slave of the other man who uses his mind …)? Je me rendais compte à ce moment là que les artistes n’avaient pas que pour but de divertir leur public, mais également de faire réfléchir ceux qui les écoutaient, dénoncer les injustices et faire un état des lieux: de planter des semences qui sous des circonstances favorable pourraient fleurir. Plus tard, j’ai également revisiter de textes de Rap et RnB français (je pense notamment aux albums de iAm, NTM, la B.O de la Haine, ou les Nubians, pour n’en citer que quelques uns) qui avec le recul me parlent désormais encore plus.

J’ai continué mon processus d’apprentissage à travers le cinéma, la littérature afro-féministe, psychologique, sociologique et sociétales, romans et autobiographiques, podcasts, émissions télévisées (merci Youtube), et plus récemment l’art visue, tant d’outils qui m’ont permis de peaufiner ma vision afin de recalibrer et recontextualiser mes experiences et developer une sensibilité sur certaines thématiques pertinentes aux inégalités en général. Finalement, il va sans dire que mon expérience personnelle fut elle aussi un atout qui me permis d’analyser mes progrès, in real time.

Pour en revenir a mon sujet initial, c’est dans cette optique que je considère le terme “métisse”.

Aux Etats Unis le terme “métisse” n’a pas lieu d’être. Pendant 400 ans d’esclavages, les violences sexuelles envers les femmes asservies étaient parties courantes, conduisant a de nombreuses naissances d’enfants issus de ces viols. De ce fait, la quasi majorité des noirs américains ont quelque part dans leur généalogie une ascendance Européenne. La loi du “One Drop Rule” dictant que toute personnes ayant ne serait-ce qu’un ancêtre d’origine Africaine soit légalement catégorisé de “noir(e)” – fut instauré afin de bloquer l’accès aux droits fondamentaux exclusivement octroyés aux blancs, comme le droit succession, l’accès a la propriété, le droit de vote, la citoyenneté etc… pour que quand bien même un exclavagiste aurait voulu reconnaitre s ou ses progénitures, il n’en aurait pas eu la possibilité. C’est pour cette raison que des personnalités comme Mariah Carey, Tracy Ellis Ross, Lenny Kravitz, Alicia Keys ou encore Jennifer Beals sont considérées comme noires.

En français, Le terme “métis(se)” vient du mot espagnol “mestizo” qui avait pour but de qualifié les enfants issus d’unions entre autochtones et espagnols dans les Amériques, (*different de mulâtre, terme pour définir les enfants des noirs et espagnols) terme plus tard adopté dans les Antilles françaises. C’est donc un qualificatif qui s’inscrit dans l’idéologie racialiste, un mode de classification fondé sur la notion de race apparu en Europe au milieu du xixe siècle, crée par les colons afin de caster socialement les individus selon leur proximité à la blanchité ou la negritude, et je ne veux pas utiliser un mot inventé par des colons pour hiérarchiser et minimiser mon humanité, et établir une domination.

Deuxièmement, je considère ce mot ayant une connotation exotifié et les individus perçus dans cette catégorie fétichisés; Tout en restant noir(e), la femme ou l’homme le/la métis(se) peut se rapprocher d’un standard de beauté plus eurocentrique de par la couleur de sa peau, ses traits, la texture de ses cheveux, et recevoir un traitement privilégié par rapport aux personnes plus foncées. J’ai mainte fois entendu comme réflection “les enfants métisses étaient trop beaux”, ce qui malgré l’intention des gens – de donner un compliment – s’inscrit pour moi dans une logique négrophobe. A cela s’ajoute le phénomène des personnes non-noires adoptant les codes de la communauté noire et mimiquant des traits physiques afin d’être perçu(e)s comme noires ou métisse (voir Kardashian et blackfishing).

Finalement, je parlerais des conséquence de l’adulations des noir(e)s-américains en France. Que ce soit de la part des blancs comme des celle des noirs (ou autres), les noirs américains, de Joséphine Baker à Beyoncé – en passant par Denzel Washington ou encore Will Smith, crée un veritable engouement. En effet, pour les raisons érigés plus haut, ces individus ont en general des caractéristiques physiques moins prononcés, accuplé a l’hégémonie américaine – accentués par des series comme le Cosby Show dans les années 80 et le Prince de Bel Air dans les années 90 – qui dépeint les vies à succès de ces individus – rendent leur négritude plus acceptables dans l’inconscient collectif, et ceux perçus comme “métis(se)” plus souvent comparés à ces “idéaux”.

En definitive, après avoir analysée les raisons pour lesquelles ce mot me déplais, je le banni sans crier gare de mon vocabulaire, car je considère que c’est un terme colonial qui contribue de la négrophobie.

Published by French Girl In Brooklyn

A blog about #ME: The Self-declared Woman of a Rich Ethnical and Cultural Background moving through life with a very unique lense - #WRECB

4 thoughts on “Pourquoi Je N’utilise Plus le Terme Métis(se)”

  1. Est-ce qu’il y a des ethnies différentes? c’est une question. Le cas échéant, il y aurait des métissages. Après, le mot n’aurait pas lieu d’être lorsqu’on considère l’homme ou la femme uniquement dans sans trajectoire individuelle indépendamment d’une contextualisation sociologique.

    1. Il y a des ethnies, des cultures différentes, etc… mais le mot métissage (comme je le précise dans ce texte) réfère au mélange noir/blanc. Plus tard on l’a utiliser en terme « standard » pour les mélanges de culture mais je (personnellement) ne l’utilise pas comme ça.

      1. ton écrit était intéressant en tout cas, ça interroge sur l’utilisation que l’ont faut des mots …je trouve toutefois dommage cette époque où plutôt que de définir, on cancel les mots. Les gens finissent pas ne plus se comprendre 😀

      2. Merci! Je pense au contraire – pas forcément “cancel” mais de remettre dans les choses dans leur contexte. Comme dit Dr Maya Angelou: “Do the best you can until you know better. Then when you know better, do better.”

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