LAX – Chapitre 2 (Short Story en 4 actes)

Comment eu-je pu refuser à une bouche si parfaite?

Je partais donc à l’aventure avec des gens qui une demi-heure plus tôt n’étaient que de simples inconnus; pourtant, je ne pouvais m’empêcher de constater une forme de familiarité, j’étais parfaitement à l’aise avec eux. Comme s’ils faisaient parti de ma “long lost tribe”.

Nous sortîmes du hall et nous dirigeâmes vers le parking. Les voitures américaines, me paraissait toujours énormes comparées aux voitures françaises: je les voyais comme ces gros paquebots qui traversent la Méditerranée – comparées au “pétalugue” de mon grand père. Certaines même sautillaient comme des lapins ; enfin, dans les clips de Snoop Dogg et Dr. Dre – on appelait ces dernieres des lowriders. Depuis mon arrivée en Californie, je scrutais les avenues dans l’espoir d’apercevoir un de ces spécimens, et peut-être même en prendre une en photo. Malencontreusement, la chance n’avait pas été au rendez-vous et mon séjour dans l’ensemble n’avait pas été à la hauteur de mes attentes, sans doute, du par le manque de diversité des amis de Linda. 

Le carrosse de Kojo, bien que blanc, n’était qu’une simple berline qui à vu d’oeil avait un bon nombre années à son actif. Je m’asseyais sur le siege arrière. Ou allions nous? Aucune idée? Un kidnapping n’avait même jamais frôler mon esprit, bless my soul. J’étais trop contente pour penser a ce genre de chose. J’imaginais déjà que les amis de Kojo étaient plus dans le style Living Single que Friends – West Coast edition. Nous roulions pendant un peu moins d’une demi heure et arrivâmes devant une maison similaire à celles que j’avais déjà vu dans certains films Noir américains. Dès notre sortie de la voitures, des odeurs de viandes grillées et de friture envahissaient mes narines et engendrait en moi une fringale insoupçonnée – me rappelant que je n’avais pas encore eu de véritable repas de la journée – juste quelques cookies et un thé (je n’avais pu trouver de café buvable durant tout mon séjour).

De là où nous étions, j’entendais déjà la musique mêlée aux voix et rires des invités. Un tas d’émotions traversaient alors mon corps: j’éprouvais à la fois de l’excitement, mais aussi une sorte l’apprehension: oui, j’étais venu ici avec l’espoir de trouver mon père biologique – enfin du moins la personne dont le mon apparaissait sur mon acte de naissance – et n’ayant pu assouvir cette quête, avais tout de même espéré découvrir et vivre un semblant dans la culture que je croyais mienne – une culture qui jusqu’à présent ne s’était présentée à moi que sous forme de clips Hip Hop, Soul et RnB, films  et series Noires américaines et donc des tonnes d’aprioris, comme je le découvrirait des années plus tard.  Même si pendant mon séjour, j’avais été sur le tournage du clip de Enrique Iglesias, promené à Santa Monica et Venice Beach, fait du shopping sur Melrose Avenue, pris des photos à Malibu – (choses que je trouvais exceptionnelles), une partie de moi felt like i something was missing, comme si – le fait de n’avoir réellement interagi avec aucunes personnes noires tronquait une partie de mon experience. Clôturerai-je ce séjour en beauté? La main de Kojo sur mon épaule me ramena à la réalité. Il était près de moi. A l’apprehension, se mêlaient maintenant les hormones. Je ne pouvait rien y faire… alors je lui sourit et fit de mon mieux pour garder mon calme. 

“Are you Ok?” 

“Yeah, I am just a little shy”

Awa couru vers un groupe de deux jeunes filles qui m’exclamèrent de joie quand ils la virent. Cela me mis un peu mal a l’aise, sans doute car cela me rappelait que personne n’avait jamais eu ce genre de réaction à mon encontre, un enjouement spontané à mon égard. Etait-ce par pudeur que ceux qui m’entouraient n’avait jamais eu ce genre de comportements? Sans doute, les gens sont bien moins “performatif” en France. Kojo et moi nous approchâmes du trio et fûmes accueillis avec une énergie similaire. It felt good to be welcomed as such – for no other reasons we were here. Instantanément cet accueil permit de dissiper quelques tensions. 

-“This is Daphné, she’s on the same flight to Paris as Awa – she’ll help her get on the right flight once in Paris” 

– “Hi, nice to meet you” repondirent-elles en unison.

Tout comme Awa, et malgré leurs ongles manucurés et cheveux parfaitement coiffés, les jeunes filles que l’on venait de me presenter dégageaient une candeur éclatante. Jamila et Rana, étaient soeurs. Elles avaient la même complexion mais leur trait de visages différaient complement l’une de l’autre. Je me demandais un instant si comme mon prof de math, les gens les confondaient l’une pour l’autre. Kojo me demanda si j’allais bien 

– “I’m okay”

Il m’annonça que nous étions donc chez son meilleur ami – DeVante (I swear I am not making this up*) 

– “ok come on, let’s go”. 

Nous nous dirigeâmes vers le backyard. Mon coeur battait la chamade. Moi qui pensais le matin même repartir bredouille d’experiences “afro-culturelles”, pouvais désormais noyer ma déception dans un verre de punch: wishes did come true, in the Land of the Free, and God was showing me she got my back! Soudain, les couleurs semblaient plus riches, la musique plus entrainante et l’enjouement des gens contagieux. Kojo me présenta à plusieurs personnes dont j’oubliait la moitié des prénoms. Il s’échappa une instant me laissant avec tant bien que mal avec une dame qui d’après Kojo était la tante de Devanté, mais dont le visage n’arborait aucun passage du temps. J’avais du mal comprendre. Elle me dit: “You are so pretty, you know who you look like: Halle berry” 

j’avais encore plus de mal comprendre: mais de quoi parlait-elle? 

“I am sorry I do not understand” 

“You know the actress Halle Berry?”

Peut-être que mon anglais n’était pas si mauvais que ca âpres tout. Kojo revint avec une assiette en papier remplit d’un monticule de nourriture; Je souris et acceptais l’offrande. 

“Don’t she look like Halle?”

Il m’observa quelques secondes puis dit: 

“I’d said more like Jada”. Pendant qu’ils débattaient, j’auscultait méticuleusement mon plat. Je distinguais certains aliments: il y avait du poulet frit. Peut être des patates? un gratin de pates? puis quelque chose qui ressemblait à des l’épinard, mais qui n’en était pas. Devant mon visage interloqué Kojo m’expliquait gentiment la composition de mon assiette: 

“Fried chicken, Mac and Cheese, potato salad and Collard Greene – I hope you like it” – ce sourire, sigh

“Well, we’re about to find out”. 

C’était la première fois que je mangeait “soul food”, et mes papilles gustatives n’était pas déçues. C’était différent et nouveau, certes, mais je retrouvé dans ces mets des saveurs familières qui me confortaient et me rappelaient combien je préférai les plats fait maison aux surgelés. Ce n’était pas mal du tout: tellement meilleur que les plats dont j’avais été sujette les semaines précédentes. L’après-midi passât et il était presque l’heure de repartir à l’aéroport; je m’excusais et parti utilisé les toilettes à l’intérieur de la maison. Dans le salon, une télé à l’écran le plus gigantesque que j’ai vue de ma vie prenait la plus grande partie du mur; l’image était pristine. Awa, Jamila et Rana étaient assises sur le canapé en train de manger des popcorn. D’un coup Rana s’exclama: 

“Be quiet – the new Destiny’s Child video is about to air.” 

Curieuse, je m’arrêtais dans mon élan, ma vessie n’aura qu’a bien se tenir. Je connaissait ce groupe. Ces filles avaient sorties quelques années plus tôt le remix d’une de leur chanson featuring le rappeur des Fuggees, Wyclef Jean. A l’époque je me souviens avoir vu le clip chez ma copine Sofia, puis entendu la chanson en boite. Un veritable tube, j’était donc excitée de voir ce nouveau clip. Un salon de coiffure à l’architecture moderne – une jeune fille, splendide. Elle s’embrouille avec son gavalo: apparemment un soucis avec la voiture… Les regards réprobateurs des clientes en disent long sur leurs pensées… un harpsichord? La chanteuse – je crois Beyoncé il me semble, parait énervée, mais cela ne l’empêche pas de mettre les rouleaux à sa cliente. Les américaines sont vraiment professionnelles… jusqu’a ce qu’elle commencent à danser au milieu du salon. Ce n est qu’un clip après tout… Un tas d’emotions m’envahissent et des questions viennent en moi: comment avoir les cheveux aussi long et si raide? Moi qui n’ose pas mettre des shorts à cause de mes cuisses et mollets, je trouve les rondeurs magnifiques sur elle. Ou puis-je me procurer des shorts comme ceux la? Pendant 4 minutes, les neurones de mon cerveau sont en ébullition. La vie est parfois pleine de situation inattendues. Qui aurait cru que lors de mon dernier jour à Los Angeles, durant mes dernières heures sur le sol américain, j’aurai enfin l’opportunité de me plonger dans une telle experience? J’en avais presque oublié mon vol pour Paris…

Kojo nous annonça qu’il était temps de prendre la route afin d’éviter les embouteillages. Un jeune homme que j’avais remarqué dès mon arrivée mais qui, apparemment, n’avait pas osé venir me parler plus tôt, s’avança et complimenta mon apparence. La première chose qui me marquait était son teint parfait parsemé de quelques taches de rousseurs: moi qui passaient des heures à m’occuper de ma peau, j’enviait ceux qui semblaient justement de pas avoir de soucis de ce coté la. Il avait des tatouages colorés sur ses bras aux tons verts et bleus, sur le thème de la mer. Une sirène, un marin, des vagues… Malgré ne jamais avoir été attirée par les tatouages, j’appréciai grandement “the artistry”. Il avait une voix grave et sensuelle, un ton “laid back” et des yeux en amandes couleur noisette – c’était dur de me concentrer sur ce qu’il disait. Je compris que son nom était Lonnie, et il m’offrait une cassette mixtape que son groupe de rap avait enregistré: 

-“This is an exclusive record – real West Coast Hip Hop!”. Braga-il. 

J’étais plus dans la musique East Coast, mais je ne voulais pas être impolie – De plus, cela ne pouvait heurter ma culture Hip-Hop! Il avait inscrit son adresse a l’intérieur de la pochette et me fit promettre de lui envoyer une carte avec mes commentaires sur son flow une fois que j’aurais écouter la cassette. 

-“I promise!”. Je le remerciait – et lui donnais un hug d’au revoir. 

C’était le moment des adieux. Je me demandais si la famille que je n’avais pas trouvé ressemblait à ça: s’ils faisaient des barbecues entre amis avec de la musique, de la bonne bouffe, des rires et disputes, accueillaient les étrangers comme moi comme s’ils et elles étaient un des leurs.

Sur le chemin du retour, j’avais le coeur gros: remplit de gratitude pour cette belle journée. J’étais aussi un déçue qu’il ait fallu attendre mes dernières heures – et une panne d’avion pour vivre ce genre d’experience. A notre arriver a LAX, alors que nous marchions vers le hall d’entrée, Kojo me demanda pourquoi j’étais soudain si silencieuse. Je n’avais pas les mots pour articuler toutes les émotions qui simultanément m’animaient à ce moment – ces dernières heures en sa compagnie et celle de ses amis avaient été l’un des moments les plus mémorables de mon voyage. 

-“I wish we met earlier and so I could have experienced this type of LA” Kojo turned around et avec un sourire en coin s’exclama: 

– “Maybe you should stick around a bit longer then

Je réprimais presque instantanément mon envie d’accepter ce qui semblait comme une invitation. La tentation était grande, mais je ne pouvais pas ne pas rentrer. Du haut de mes 18 ans et 11 mois, il ne m’était pas venu à l’esprit qu’il plaisantait. Dans mon élan, j’énumérais mentalement les raisons pour lesquelles c’était impossible: mon billet était non-échangeable et non remboursable, et je n’avais pas les moyens d’en acheter un autre – parlant d’argent, j’avais vraiment fait des emplettes sur Melrose et je n’en avais presque plus. J’avais promis à ma copine d’aller avec elle a la soirée Mister Black au Florida Palace le samedi en rentrant- avais-je mentionner qu’il était beaucoup plus âgé que moi! Finalement, aurai-je le courage de faire quelque chose d’aussi audacieux. Je ris nerveusement afin pour cacher mon désarroi.

Dans le hall d’attente, les passagers de notre vol étaient agglutinés au comptoir d’embarquement. Une française complètement exacerbée par l’attente, essayait tant bien que mal de se plaindre au pauvre agent d’escale qui balbutiait des excuses incomprehensible dans une langue de Molière douteuse. Après un quart d’heure d’attente on nous annonçât que le vol était annulé et que nous partirions le lendemain à 5 heures du matin. Des shuttles nous attendaient à la porte et nous accompagneraient à l’hôtel ou nous passerions la nuit. Je ne pouvais m’empêcher de penser que l’Univers conspirait peut être en ma faveur.

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Published by French Girl In Brooklyn

A blog about #ME: The Self-declared Woman of a Rich Ethnical and Cultural Background moving through life with a very unique lense - #WRECB

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